Facteur pendant l’Occupation : un jeu sérieux pour faire acquérir des compétences documentaires

, par GEP Documentation

Avec Romain Janover, professeur d’histoire-géographie-EMC au collège Flora Tristan, nous avons décidé d’expérimenter une séquence pédagogique sous forme de jeu sérieux avec deux classes de troisième. L’enjeu était double : faire comprendre aux élèves la notion de résistance civile pendant la Seconde Guerre mondiale et leur faire acquérir des compétences de recherche documentaire, et plus particulièrement la recherche inversée d’images.

L’idée était de faire cette séquence en trois séances d’une heure, temps relativement court, donc tout était minuté et le principe du jeu de rôle en temps limité s’est rapidement imposé.

Lors de la première séance, un solide apport théorique a été transmis aux élèves, tant d’un point de vue disciplinaire qu’en matière d’analyse d’images.

Le premier tiers de la deuxième séance a été consacré à un rapide rappel du contexte et à la méthodologie de la recherche inversée d’images grâce à la Pépite Pix réalisée dans ce but. Nous avons ensuite clairement expliqué aux élèves qu’ils allaient devoir jouer le rôle d’historiens chargés d’analyser des documents et de vérifier leurs sources.

Le scénario du jeu était le suivant :
Vous êtes facteur, mais aussi membre de la Résistance pendant l’Occupation allemande à Paris. Vous profitez de vos tournées officielles pour transporter dans votre sac des courriers qui aident la résistance. Le 4 décembre 1941, lors d’une distribution, vous êtes arrêtés par un agent de la Gestapo. Il vous demande de lui montrer les courriers que vous avez dans votre sac.
Vous avez 60 minutes pour choisir les documents à lui présenter sans risquer de vous faire arrêter. Pour cela, classez les documents que vous transportez en deux catégories : sans risque / à risque(s) en utilisant le document proposé.

Les élèves, en groupe de 4 (déterminés au préalable par l’enseignant) recevaient donc une pochette contenant du courrier (différent pour chaque groupe), mais aussi une fiche par document (en annexe). Pour leurs recherches, ils avaient accès à des ordinateurs et des tablettes numériques. Nous avions annoncé que le temps était limité (affichage du décompte temps au tableau) et conseillé de se répartir les documents, de manière à ce que chaque élève pratique une fois au moins la recherche inversée d’images. Les élèves sont entrés très rapidement dans le jeu et certains ont eu des difficultés à quitter la salle...

Lors de la troisième séance, les élèves avaient encore une demi-heure pour analyser et classer leurs documents. Ils se sont mis au travail très rapidement, sans rechigner. Ensuite chaque groupe devait, à l’oral, présenter un document choisi (plus ou moins) au hasard par les enseignants. L’idée était de mettre l’accent sur les documents les plus complexes (pseudonymes, lettres de résistants anodines, lettres contenant des messages codés...). Les recherches ont été bien menées et, globalement, les documents ont été analysés avec justesse et classés dans la catégorie attendue.

La séquence a nécessité un long (mais passionnant) travail de préparation car il était nécessaire de proposer des documents réalistes et de difficultés d’analyse différentes, pour que les élèves soient vraiment en immersion. Il nous semblait important, pour bien faire comprendre le contexte historique et la notion de résistance civile, de donner à chaque groupe des courriers de nature variées et nécessitant des techniques de recherche documentaires différentes. Si nous avons puisé dans les archives (notamment pour la presse et les documents administratifs), nous avons aussi créé de faux documents type carte postale. Chaque document était numéroté et avait son double numérique sur un espace collaboratif. Ainsi, il était possible de faire une recherche inversée d’image à partir du fichier. Tous les documents étant proposés en format image, les élèves devaient choisir la méthode de recherche et d’analyse la plus pertinente.


Pour un effet plus réaliste encore, nous avons investi dans des pochettes de facteur (que nous savions pouvoir réutiliser pour d’autres projets) qui permettaient aux élèves d’entrer "physiquement" dans le jeu. Nous n’avons pas regretté cet investissement, les élèves ayant été surpris, ne serait-ce que par l’objet.
Tous les élèves, et notamment les moins scolaires, se sont vraiment investis dans la recherche documentaire, le travail a été fait sérieusement et nous avons constaté beaucoup d’entraide au sein des groupes, alors que ceux-ci étaient imposés. Les présentations orales ont montré que les élèves avaient non seulement acquis les compétences documentaires attendues mais aussi bien perçu la notion de résistance civile à travers des personnages importants dans l’histoire de France. En tant qu’enseignants, une fois le jeu lancé, il est vraiment plaisant de voir travailler les élèves de manière autonome, avec entrain et entraide. Nous avons hâte de proposer à nouveau cette séquence à d’autres classes !

Manon Gallet, professeure documentaliste
Collège Flora Tristan, Carrières-sous-Poissy

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